jeudi 18 décembre 2008

Création de poste

Quand je suis arrivée à l'agence en février, on m'a présenté T., un collègue chef de projet, en me précisant qu'il créait son poste (sic). A 42 ans, il amorçait une reconversion professionnelle en préparant en alternance un master en marketing-communication. L'agence ne le payait pas puisqu'il bénéficiait du Fongecif. Fin juin, au pire moment pour chercher du travail, on lui signifiait qu'on ne pouvait pas le garder mais qu'on allait l'aider à refaire son CV, le faire bénéficier du "réseau" avec pour viatique une lettre de recommandation élogieuse. Aux dernières nouvelles, il n'a toujours rien retrouvé. T. avait à peine tourné les talons qu'est arrivée M., 22 ans, titulaire d'une maîtrise en communication et d'un DU de com' culturelle. Elle a lâché un job d'été pour venir du jour au lendemain bosser chez nous en tant que stagiaire-qui-allait-créer-son poste. On l'a parachutée chargée de production, munie de belles cartes de visite, rajoutée à l'organigramme de l'agence et elle a commencé. Peut-être parce qu'elle avait le même prénom que le mien, l'âge d'être ma fille et que je la ramenais presque tous les soirs - forcément, ça crée des liens - je me suis attachée à elle. Une de mes collègues et moi-même avons bien essayé de l'encourager à chercher un autre job dès la rentrée mais je voyais bien qu'elle s'investissait à fond dans celui-là et même moi, il m'est arrivé de croire qu'elle resterait. Elle a donc bossé à plein temps et au-delà, occupant pleinement son poste rémunéré 399 euros par mois puisque c'est ce que la loi impose pour les stages de longue durée. Entre temps est arrivé F., 26 ans (!), un autre stagiaire, pour une mission de 4 mois, sympa, serviable mais légèrement fumiste ou, à la réflexion, plus lucide. Lundi, le couperet est tombé, ni M. ni F. ne seront gardés au-delà de la fin de l'année, c'est-à-dire d'ici une semaine puisque l'agence ferme pour les fêtes. Hier soir, nous avons eu droit au champagne et aux petits fours. F. a réalisé une présentation sur les dernières réalisations de l'agence auxquelles M. a largement contribué. On les a remerciés pour leur investissement, on leur a promis qu'on les aiderait à refaire leur CV, qu'ils profiteraient du réseau, etc. En attendant, début janvier, le job de M. sera dispatché entre deux collègues et moi-même à moins que d'ici là, un autre stagiaire vienne "créer son poste". D'ailleurs, la semaine dernière, j'en ai vu un qui patientait dans la salle d'attente...

11 commentaires:

bricol-girl a dit…

C'est les chaises musicales dans ta boîte!

Ppn a dit…

C'est en fait le jeu des stagiaires kleenex...

heure-bleue a dit…

Je suis écoeurée mais malheureusement pas surprise..Je suis très inquiété pour ton collègue de 47 ans puisqu'en France on est vieux à 40 ans pour trouver du travail alors qu'il faut travailler de plus en plus longtemps pour bénéficier d'une retraite à taux plein...

karmara a dit…

T'étonnerai-je si je te dis qu'il se passe le même genre de choses là où je travaille ?

le-gout-des-autres a dit…

Eh oui, c'est pas neuf comme méthode.
Le MEDEF, via l'UIMM (industrie) avait pondu une arnaque du même genre mais les facs et les grandes écoles ont mis le holà au bout de 27 mois (c'était le temps nécessaire pour avoir la preuve que c'était une arnaque).
Méthode simple: On prend un ingénieur frais émoulu de l'école ou d l'université, on lui fait faire un stage de 9 mois maximum pour 1800 Frs mensuels (époque ante €). Sachant qu'un type comme ça est efficace au bout de trois mois et peut mener un projet à bien en 6 mois, il suffit de lui faire miroiter un CDI au bout du stage pour qu'il se défonce.
Au bout de 9 mois vous lui expliquez que malheureusement il n'a pas concrétisé tous les espoirs qu'on avait mis en lui et que donc...
Vous en prenez un autre et vous recommencez. Vous avez donc des ingénieurs gratos pour tous les projets de six mois à un an.
Las ! Les grugés, ces salauds, sont allés se plaindre du procédé auprès de leurs écoles respectives.
Le système qui plaisait beaucoup aux industriels dut être abandonné pour cause de mauvaise image des boîtes qui l'employaient.
Boîtes qui, faute de pigeons durent, avec bien du mal, embaucher pour de bon des gens qu'elles furent obligées de payer si elles voulaient que leur projets soient menés à bien.
Point d'argent, point de suisse...

LiliLajeunebergere a dit…

Quelle honte, quelle hypocrisie....Et c'est si fréquent...

Homosapiens a dit…

Terrible tranche de vie... Monpetit fait des stages en hôtellerie. Il trouve toujours. 240 euros pour le mois: c'est donné!
Mongrand en électro-technique, lui c'est gratos. Il trouve!
Le bon côté des choses?
Ben oui: il y a du boulot...

B a dit…

Stages d'hier, stagiaires de demain !

Joyeuses fêtes à toi et ta famille!

Brigitte a dit…

C'est dégoutant ce système de presse citron !

rêver au sud a dit…

Un monde impitoyable où le mot respect a perdu tout son sens !
Quelle tristesse.
Je t'embrasse.
Marie-Ange

M'ados a dit…

Citrons, citrons, citrons... vas-y, mon fils, fonce dans le monde du travail!
Des chitrons? T'as vraiment goûté aux Bérudives?... Veinarde!
Bizatwa,
M'ados*